MACF : vers une extension significative de son champ d’application et un renforcement des règles anti-contournement
auteurs
Sophie Dumon-Kappe Avocate Directrice Associée
Actualité
21 septembre 2026

MACF : vers une extension significative de son champ d’application et un renforcement des règles anti-contournement

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), pierre angulaire de la stratégie européenne de décarbonation, poursuit son évolution. Dans le cadre de sa révision, le Parlement européen a récemment adopté une série d’amendements qui témoignent d’une volonté affirmée de renforcer l’efficacité du dispositif et de limiter les possibilités de contournement.

Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où l’Union européenne cherche à garantir que ses ambitions climatiques ne soient pas compromises par des déplacements de production ou des stratégies commerciales permettant d’échapper à la tarification du carbone.

Une extension du champ d’application aux produits en aval
L’une des évolutions les plus marquantes concerne l’élargissement du périmètre du MACF à certains produits transformés en aval contenant des quantités significatives d’acier ou d’aluminium. Sont notamment visés des produits tels que les éléments de fixation, les fils, les ressorts ou encore certains articles ménagers.

Cette extension répond à une préoccupation croissante des institutions européennes : celle de la « fuite carbone » résiduelle. En effet, si les matières premières soumises au MACF sont taxées à l’importation, le risque demeure que ces mêmes matières soient transformées hors de l’Union avant d’être réintroduites sur le marché européen sous forme de produits finis ou semi-finis.

L’objectif poursuivi est donc de préserver l’intégrité du mécanisme en évitant que des transformations intermédiaires ne permettent de neutraliser les effets recherchés du MACF.

Une place renforcée pour les plateformes de commerce en ligne
Le Parlement européen s’est également penché sur les conséquences de l’extension du MACF à des biens destinés aux consommateurs finaux.
Cette évolution soulève en effet la question de l’égalité de traitement entre les importateurs établis dans l’Union européenne et les plateformes numériques facilitant des ventes à distance depuis des pays tiers.

Afin de répondre à ce risque de distorsion de concurrence, il est proposé que ces plateformes, déjà appelées à être considérées comme importateurs dans le cadre du futur Code des douanes de l’Union, puissent également obtenir le statut de déclarant MACF autorisé.

Cette mesure traduit une volonté plus large d’adapter les règles douanières et environnementales aux nouveaux modèles de commerce international, largement portés par la digitalisation des échanges.

Un durcissement notable des règles anti-contournement
Au-delà de l’extension du champ d’application, le Parlement européen entend renforcer les outils permettant de détecter et de sanctionner les pratiques de contournement.

Plusieurs leviers sont ainsi envisagés :
•    l’abaissement des seuils à partir desquels certaines modifications apportées aux produits peuvent être considérées comme constitutives d’un contournement ;
•    l’introduction d’une approche inspirée des mécanismes existants en matière antidumping, visant les montages artificiels mis en place sans justification économique, commerciale ou opérationnelle réelle ;
•    l’application de valeurs par défaut fondées sur le véritable pays d’origine lorsqu’un schéma de contournement est démontré.
Ces propositions traduisent une attention accrue portée à la structuration des flux commerciaux internationaux. L’enjeu est moins de sanctionner des choix économiques légitimes que d’identifier les pratiques ayant pour seul objectif de neutraliser les obligations découlant du MACF.

La création d’un fonds temporaire pour accompagner la transition
Le Parlement européen propose également la mise en place d’un fonds temporaire pour la décarbonation.

Ce mécanisme aurait vocation à soutenir les opérateurs européens confrontés aux coûts supplémentaires induits par la transition vers une économie bas carbone. Il constituerait ainsi un complément au MACF, en associant une logique d’incitation économique à l’objectif de compétitivité industrielle de l’Union.

Quelles conséquences pour les opérateurs ?
Pour les importateurs européens, ces évolutions pourraient avoir des répercussions significatives sur les processus de conformité.

L’extension du périmètre du MACF et le renforcement des contrôles anti-contournement impliquent une vigilance accrue en matière :
•    de qualification et de classement des produits ;
•    de détermination de l’origine ;
•    de traçabilité des chaînes d’approvisionnement ;
•    de collecte et de fiabilisation des données carbone ;
•    d’évaluation des obligations déclaratives et financières associées au MACF.

À mesure que le dispositif gagne en maturité, les enjeux de gouvernance des données, de documentation des flux et d’anticipation réglementaire deviennent des éléments centraux de la stratégie des entreprises opérant à l’international.

Et après ?
L’adoption de ces amendements par le Parlement européen constitue une étape importante, mais le processus législatif n’est pas achevé. Des négociations doivent désormais s’engager avec le Conseil de l’Union européenne afin de parvenir à un texte définitif.

Les prochains mois seront donc déterminants pour préciser l’architecture future du MACF et mesurer l’ampleur des nouvelles obligations qui pourraient s’imposer aux acteurs économiques.